Covid-19 au Cameroun: Paul Biya, un silence qui fait polémique

Le président Paul Biya, très peu porté sur la communication verbale, fait l’objet de spéculations sur son silence observé depuis l’apparition du coronavirus dans son pays.

 Le silence observé par le doyen des chefs d’Etat africains en exercice depuis l’apparition, il y a un mois ,  du premier cas de coronavirus au Cameroun, au décompte, le 1er avril, des 142 cas recensés et 3 décès,   est le thème central de la blogosphere de ce pays d’Afrique central à cheval entre le monde francophone et anglophone.  Donné mort par la rumeur, le président Paul Biya, 85 ans dont 36 au pouvoir, n’en continue pas moins de gouverner par décrets et communiqués lus.   A l’inverse de l’année 2004 où le chef d’Etat avait dû faire une interview en gros plan à la télévision nationale camerounaise pour démentir la rumeur de sa mort par une cinglante phrase passée à la postérité « des gens s’intéressent à mes funérailles. Je leur donne rendez-vous dans 20 ans», cette fois-ci, le locataire du palais d’Etoudi fait démentir l’information par René Emmanuel Sadi, ministre de la communication, et porte-parole du gouvernement.  

Le Ministre de la Communication du Cameroun assure la communauté nationale et internationale, notamment les Internautes, de l’excellente forme du Chef de L’État, Son Excellence Paul BIYA, qui chaque jour, suit personnellement l’activité gouvernementale, y apporte des correctifs en tant que de besoin, et, impulse de sa Très Haute posture, la vie de la Nation, signe d’importants textes pour faire avancer les grands chantiers de la République et tient sa Très Haute charge, en ces temps de gravité, face à la pandémie du coronavirus, avec sublimation, dignité, détermination et exaltation », avait déclaré le ministre de la Communication.

Le démenti intervenait suite à une rumeur publiée par un activiste le 25 mars 2020 et reprise en boucle par  les réseaux sociaux. Cependant, la sortie du ministre de la Communication, déplorant  un «Fake News» rapporté par «un individu visiblement sous l’effet des stupéfiants», loin d’éteindre l’incendie, semble l’avoir  aggravé.

Au point que le principal opposant du régime, Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), candidat malheureux à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 dont il continue à s’en   réclamer  le vainqueur, est monté au créneau dans un message du 27 mars 2020 qui a fait tâche d’huile : « j’exhorte M. BIYA, dans les sept (07) jours qui suivent la publication de cette déclaration, à s’adresser aux Camerounais. Il devra lui même leur dire quelle est sa réponse contre COVID-19, et surtout, à annoncer les financements nécessaires, tant aux ménages qu’aux entreprises, pour assurer l’efficacité du confinement”. 

Une déclaration qui a suscité l’ire de la vieille garde, accusant l’opposant d’utiliser le coronavirus comme munition politique. “Qui êtes vous pour donner un ultimatum à un chef d’Etat ? “, lance Grégoire Owona, ministre du travail et de la sécurité sociale et secrétaire général adjoint du comité central du Rassemblement Démocratique pour la Modernité du Cameroun (RDPC), parti au pouvoir.

Autre indignation, celle de Pierre Milla Assouté, président du Rassemblement Démocratique pour la Modernité du Cameroun : “la lutte contre le COVID-19 annoncée par M. Kamto est plutôt réduite à sa propre lutte pour le pouvoir contre M. Paul BIYA, tué par certains de ses partisans sur la toile. Il n’y a rien d’aussi nauséeux que de rechercher un gain personnel devant le danger de mort massive que propage coronavirus sur la planète ».

En attendant, la question demeure.   Une simple apparition du président Paul Biya, qualifié de «mort vivant » par Christian Penda Eko-ka, leader du mouvement Agir,  suffirait à lever le doute grandissant au pays des Lions Indomptables.  Même si l’ultimatum de Maurice Kamto n’a pas force de loi, il a le don de pousser le palais d’Etoudi à revoir sa stratégie des deux communications annuelles, le 10 février, fête de la réunification et le 31 décembre à l’occasion du nouvel an.

 

    Source : financial afrik