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La cathédrale de Kinshasa envahie par des militants du parti présidentiel

Plusieurs centaines de militants du parti présidentiel ont envahi samedi l'enceinte de la cathédrale de Kinshasa, à la veille des "marches pacifiques" interdites des catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo, a constaté un journaliste sur place

25 Fév 2018    
Les partisans du PPRD du président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, réunis au stade Vélodrome du quartier populaire de Kitembo, à Kinshasa, le 4 juin 2016. Les partisans du PPRD du président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, réunis au stade Vélodrome du quartier populaire de Kitembo, à Kinshasa, le 4 juin 2016.

 "Nous sommes venus prendre possession de la cathédrale Notre-Dame du Congo pour participer à la messe de dimanche (...) et défendre la patrie", a déclaré à l'AFP Papy Pungu, président des jeunes leaders du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).

"Nous passerons la nuit ici", a-t-il précisé, alors que la présence de ces militants coiffés pour la plupart de bérets rouges a créé un climat de panique à Lingwala, quartier du nord de Kinshasa.

"Ils sont venus à bord de plusieurs bus Transco (la compagnie publique de transport en commun), ils ont envahi la grotte de la Vierge, c'est de la provocation", a réagi sur place Félicité Mbula, une fidèle de la paroisse.

"L'église est fermée, nous n'avons pu avoir la messe ce soir", a-t-elle déploré.

Un enfant de rue trouvé sur place interrogé par des journalistes a révélé qu’il a été recruté pour aller avec ses amis envahir la cathédrale et causer des troubles.

"Je partais jouer au football et j’ai rencontré quelques ainés du quartier qui m’ont embarqué pour une réunion du PPRD. Sur place, nous avons été confié la mission d’aller envahir la cathédrale et d’y passer la nuit. Ils nous ont promis de nous nourrir et de donner 10.000 Francs Congolais chacun. Mais l’objectif est d’attendre la fin de la messe et de mettre la main sur les prêtres et de la mener à la police. Nous allons causer des troubles et tout casser demain dimanche. Ils nous ont dit que la police enquêtera et nous relâchera plus tard", a confié le jeune homme.

Ces militants du PPRD "prétendent venir prier dimanche, mais on ne passe pas la nuit dans nos paroisses", a jugé Antoine Bokoka, responsable du service du protocole paroissial.

Le climat politique est très tendu en RDC où un collectif proche de l'Église catholique a appelé à des "marches pacifiques", dont l'une doit se tenir dimanche.

Implication d’un mouvement "musulman" proche du PPRD

Mercredi, un mouvement "musulman" proche du parti présidentiel avait promis d’envahir les envahir les églises catholiques pour contrer la marche appelé par le Comité laïc de coordination (CLC).

Le groupe appelé "l'Alliance des Kabilistes musulmans (Akam/PPRD)" avait, en effet, écrit au gouverneur de Kinshasa pour l’informer qu'il "organisait une marche pacifique le 25 février 2018, en vue de soutenir la tenue des élections le 23 décembre 2018".

Cinq marches partiront des mosquées pour aller "dans des paroisses catholiques" afin d'inviter les chrétiens à "se préparer à gagner des élections et non à créer des troubles dans le pays", a affirmé un des signataires de la lettre, Mondo Moussa. Il a accusé l'Église catholique de chercher à "déstabiliser Joseph Kabila".

Les membres d’Akam "n'ont rien à voir avec la communauté islamique. On ne les reconnait donc pas", a déclaré à l'AFP Cheick Ali Mwinyi M'Kuu, représentant légal de la communauté musulmane de RDC.

"Ils ne sont ni affiliés, ni connus" du parti présidentiel, a pour sa part affirmé Me Tunda Ya Kasende, secrétaire général adjoint du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, au pouvoir).

A la veille de la marche du 21 janvier, Cheick Ali Mwinyi avait exhorté les autorités à "éviter de réprimer la marche des laïcs catholiques [mais] d'encadrer les manifestants

-Interdiction de la marche-

Entre-temps, les autorités de la ville de Kinshasa ont, dans une lettre aux organisateurs, interdit samedi la tenue le lendemain à Kinshasa des "marches pacifiques" des catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo.

Faute d’"itinéraire à suivre, la ville ne saurait prendre acte de votre manifestation parce que ne pouvant en garantir un encadrement efficient", a écrit le gouverneur de Kinshasa André Kimbuta, dans une lettre aux responsable du Comité laïc de coordination (CLC).

Le numéro un de la police à Kinshasa a, pour sa part, indiqué avoir reçu des instructions afin de "prendre des dispositions pour sécuriser la population et empêcher quiconque qui tentera de marcher".

"J’ai dit aux policiers de ne pas tirer sur la population qui est une population civile, qui n’est pas armée. Nous avons d’autres méthodes pour maintenir l’ordre public. On a le matériel non létal", a promis le général Sylvano Kasongo, le commissaire provincial de la police de la ville de Kinshasa.

Un peu plus tôt, M. Kimbuta et les avocats des organisateurs de ladite marche n’etaient pas parvenus à un compromis.

Le Comité laïc de coordination (CLC) a "demandé l'accompagnement juridique" de l'Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), a expliqué Georges Kapiamba, président de cette ONG de défense des droits de l'Homme.

"Les avocats sont partis avec les itinéraires des marches pour en discuter avec les autorités mais celles-ci ont exigé la présence physique des membres du CLC", a-t-il déclaré. Pour Me Kapiamba, "il y a anguille sous roche, on veut les pousser à sortir pour les arrêter".

Un membre du cabinet de M. Kimbuta a confirmé à l'AFP la venue d'une délégation d'avocats : "Ils n'ont pas été reçus. On veut voir les organisateurs" de la marche. "Nous savions qu'ils ne viendraient jamais", a-t-il ajouté: "ils ont peur" de se faire arrêter.

Interdites, les deux dernières marches du CLC, un collectif proche de l'Église catholique, ont été réprimées à balles réelles, faisant une quinzaine de morts d'après l'Église, deux selon les autorités. Le CLC a le soutien de l'épiscopat, qui a demandé aux Congolais de "demeurer debout et vigilants".

L'épiscopat a demandé aux autorités d'"annuler" les interdictions de marches ainsi que "les poursuites et les menaces à l'endroit des organisateurs" de ces manifestations.

Dans une déclaration conjointe, l'Union européenne, les États-Unis, la Suisse et le Canada ont appelé "tous les acteurs congolais à s'abstenir de toute violence, et à assurer un déroulement pacifique des manifestations".

Les catholiques demandent au président Kabila, dont le mandat s'est achevé en décembre 2016, de déclarer publiquement qu'il ne serait pas candidat au scrutin présidentiel prévu le 23 décembre 2018.

Avec voaafrique

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