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République du Cameroun Des états dans un Etat: qui dirige ?

Entre résolution des crises sécuritaires et socio-économiques, lutte contre la prévarication de la fortune publique et défi de l’émergence à l’horizon 2035, le pays auquel préside aux destinées Paul Biya est pris en otage par une bande d’ennemis de la paix, de la stabilité et du progrès social. Le Cameroun s’en sortira-t-il ?

14 Fév 2017    
« Le Cameroun, c’est le Cameroun », le chef de l’Etat, Paul Biya, ne croyait pas si bien le dire. Car, de l’avis de certains observateurs de la scène sociopolitique, la gouvernance des affaires publiques de ce pays d’Afrique centrale, se passe parfois de tout commentaire. Surtout, arguent-ils, par ces temps où la succession à la magistrature suprême fait les choux gras de la presse. Ainsi, au regard des faits et gestes, tout porte à croire que certains des individus qui côtoient les cimes du pouvoir ont décidé de comploter, au propre comme au figuré, pour tenir en échec le régime en place par un « coup d’Etat scientifique », selon l’universitaire camerounais Charlemagne Messanga Nyanding, à défaut tout simplement de le renverser par un coup d’Etat balistique. Aussi bien dans la petite que dans la haute administration publique, ces ennemis de la République multiplient des scandales de nature à ne laisser personne indifférent. Corruption, distraction de la fortune publique, pouvoir sans partage, tribalisme, clientélisme, inertie, laxisme, favoritisme, trafic d’influence, coups bas et autres tares dénoncées, en sont une pâle illustration.Corruption endémique

D’après un document de stratégie nationale de lutte contre la corruption, élaboré en 2011, par la Commission nationale anti-corruption, environ 1.845 milliards Fcfa de recettes publiques ont été détournées entre 1998 et 2004 au Cameroun ; soit une perte annuelle de 300 milliards Fcfa. La lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics, suspendue en 1999 et relancée en 2006, y trouve ainsi son fondement. Baptisée « Opération Epervier », cette vaste campagne d’assainissement de la gouvernance publique fait son bonhomme de chemin avec des fortunes diverses, sous la houlette du chef de l’Etat. Ses victimes dans les plus hautes sphères de l’Etat sont en l’occurrence, Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence de la République ; Pierre Désiré Engo, ancien directeur général de la Caisse nationale de Prévoyance sociale ; Alphonse Siyam Siewe, ancien directeur général du Port Autonome de Douala ; Emmanuel Etondè Ekoto, ancien délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala ; André Booto à Ngon, ancien président du Conseil d’administration du Crédit foncier du Cameroun ; Joseph Edou, ancien directeur général du Crédit foncier du Cameroun ; Gilles Roger Belinga, ancien directeur général de la Société immobilière du Cameroun ; Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien directeur général du Fonds Spécial d’Equipement et d’Intervention inter communal ; Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé publique ;Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’Economie et des Finances ; Jean Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire général de la présidence de la République ; Zacchaüs Forjindam, ancien directeur général du Chantier naval et industriel du Cameroun ; Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général de la présidence de la République ; Ives Michel Fotso, ancien administrateur directeur général de la Cameroon airlines; Jean Baptiste Nguini Effa, ancien directeur général de la Société camerounaise des dépôts pétroliers ;Joseph Mendouga, ancien ambassadeur du Cameroun aux Etats unis d’Amérique ; Paul Ngamo Hamani, ancien administrateur provisoire de la Cameroon airlines ;Gervais Mendo Ze, ancien directeur général de la Cameroon radio television ; Lydienne Yen Eyoum, avocate ; Roger Ntongo Onguene, ancien directeur général des Aéroports du Cameroun ; Ephraïm Inoni, ancien premier ministre ; Amadou Vamoulké, ancien directeur général de la Cameroon Radio Television…

Bien que la justice camerounaise n’ait pas vidé le corps du litige sur l’ensemble des procès en cours, il faut néanmoins noter que les raisons évoquées par l’administration du pouvoir judiciaire sont relatives à la prévention des fuites des acteurs potentiellement reconnus coupables à la fin des enquêtes. De toute évidence, certains innocents dans cette liste attendent patiemment de recouvrer leur liberté.

Toutefois, il faut souligner que le chef de l’Etat avait jadis donné l’alerte en dénonçant l’important mouvement de détournement des deniers publics par son administration. A cet effet, il avait déclaré une guerre totale aux « bandits à cols blancs », à l’occasion du troisième congrès du Rdpc. Séance tenante, l’on se souvient de cette marrée humaine, constituée de ses proches collaborateurs d’antan, acclamant comme pour le narguer. En effet, la peur de braver « l’homme Lion » s’était grandement érodée. La preuve, dans les mois qui suivaient, les budgets de l’Etat tarissaient au bénéfice des paradis fiscaux et autres projets personnels d’acteurs étatiques.

A cela, il fallait comprendre que « les adversaires » du développement national tenaient au défi lancé par le chef de l’Etat. Conséquence directe, tout un gouvernement se retrouve derrière les barreaux, les fonds envolés, le peuple à la merci de la misère et la restitution des capitaux détournés, sans solution.

Guerres de leadership

D’après les textes en vigueur, le Cameroun est doté d’un gouvernement bien organisé. A sa tête, le premier ministre coordonne l’activité de l’équipe, constituée des ministres d’Etat, des ministres, des ministres délégués, des ministres chargés de missions à la présidence de la République et des secrétaires d’Etat. Quant aux missions des uns et des autres, elles sont clairement définies par les décrets de nominations y afférents.

Malheureusement, constate l’opinion publique, nombre de ces gouvernants se marchent sur les pieds, quand ils ne se livrent pas simplement à des querelles et ‘’bagarres’’ parfois publiques, de positionnements et guerres d’intérêts sans merci. C’est le cas du Dg de la Csph (cumulativement ministre délégué des finances) et son Dga.

Par ailleurs, il est indécent de constater que certains Secrétaires d’Etat et ministres délégués manquent de commodités pour l’exercice de leurs fonctions, sans que cela n’émeuve outre mesure leurs différents ministres, pourtant saisis à ce sujet. C’est le cas du ministère des Enseignements Secondaires. De toute évidence, les victimes passent le plus clair de leur temps à se tourner les pouces, fautes de dossiers à traiter. En outre, l’absence de missions et l’étroitesse de l’espace vital professionnel, résultat d’une hiérarchie omniprésente rabotant tous les couloirs, et omnisciente, sont également leur lot quotidien.

Où est donc le problème ? Est-ce un complexe d’infériorité du point de vue du confort intellectuel, de la carrière administrative ou du charisme politique ?

Au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, la collaboration, d’après nos sources internes, n’est pas la chose la mieux partagée entre Jean Claude Mbwentchou, le chef du département et Marie Rose Dibong, la secrétaire d’Etat. Là encore, de nombreux observateurs, déconcertés par les scandales à répétition, enregistrés dans ce ministère, se perdent en conjectures. Histoire de fesses, de lucre ou de fauteuil ? Nul ne le saurait. Toujours est-il que le torchon brûle en douce entre les deux responsables, bien qu’ils donnent l’impression au public d’avoir fumé le calumet de la paix, à travers des mises en scènes publiques. D’après des révélations, puisées dans les couloirs de cette administration, la secrétaire d’Etat reproche au ministre la gestion sans partage du pouvoir.

Au-delà de la situation ci-dessus présentée, on observe également l’expression de la super puissance de certains ministres qui grippent les activités de leurs collègues par la confiscation des projets et la paralysie de celles-ci au détriment de la solidarité gouvernementale, tant prônée par le président de la République. Toutes choses qui impactent négativement les performances et les résultats escomptés.

Toutefois, des confidences, pointues, laissent entendre que le climat délétère, prévalant dans nombre d’institutions, trouve sa justification dans les guerres de leadership que se livrent certains membres du gouvernement. En rendant la vie difficile à leurs collaborateurs, ils les tiennent au piquet du besoin, en laisse et les contrôlent mieux.

Longévité aux affaires

Au Cameroun, trois ministres détiennent presque la palme d’or en termes de longévité aux affaires. Il s’agit de Laurent Esso, Bello Bouba Maïgari et Amadou Ali. Ces hauts commis de l’Etat sont respectivement, ministre de la Justice garde des sceaux, ministre du Tourisme et des Loisirs et vice-premier ministre, ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les assemblées. Une situation qu’apprécient mal certains acteurs de l’opposition politique camerounaise qui, dans l’ombre et selon nos sources, préparent une vaste campagne de dénonciation vis-à-vis de « ce management fixiste ».

D’ailleurs, pensent-ils, cela pose un problème de gouvernance éthique. Pour eux, à force d’être aux commandes, certains pontes du pouvoir finissent par confondre la gestion des affaires publiques aux leurs à l’instar de l’appropriation du patrimoine mobilier et immobilier de l’Etat, estimé en milliards de FCFA. C’est, entre autres, se confie un gestionnaire de crédits qui a requis l’anonymat, les éléments qui expliquent la corruption et la prévarication ayant pignon sur rue. Pire, il y en a qui deviennent de véritables épouvantails vis-à-vis de ceux qui aspirent aux mêmes sphères de décisions. Les parrainages et autres cooptations, dont les contours ne sont pas toujours clairs, sont généralement les stratagèmes d’instrumentalisation et d’aliénation, mis à contribution. Homosexualité, cercles magico religieux et autres pratiques mystérieuses y passent le plus souvent. Ils sont nombreux, ces jeunes, proies faciles, sans emplois et en mal de positionnement, qui s’y recrutent, à corps défendant.

Oppression de la tutelle

Bien des responsables des ministères, d’entreprises parapubliques et des directions générales, ne se privent pas de frondes. En effet, les entreprises parapubliques, connues pour leurs budgets imposants, flattant les égos des tutelles ministérielles, finissent par subir le courroux d’une machine administrative gouvernementale aux allures d’une « théorie du complot ». La remarque récurrente est l’existence d’une tutelle toute puissante au mépris du Conseil d’administration qui dans le pays, s’est investi des pouvoirs de représailles et de dictats sur l’ensemble des activités des Directeurs généraux. Le calvaire ressemble plus au parcours du mont Golgotha.

A cet effet, plongées dans cet important vortex fonctionnel, les entreprises parapubliques, se retrouvent dans l’incapacité de mener sainement leurs activités, voire, d’atteindre leurs objectifs. Le blocus est total : gonflement d’effectifs par imposition d’un personnel incompétent avec pour effet pervers, l’augmentation de la masse salariale ; l’ingérence dans la gestion financière ; l’imposition des prestataires peu recommandables dans l’attribution des marchés publics, etc.

Il faut toutefois mentionner que la logique selon laquelle les directeurs généraux sont nommés par Décrets du chef de l’Etat avec un cahier de charges bien défini et, que ces derniers se voient néanmoins malmenés par leurs tutelles, soulève l’interrogation suivante : Qui dirige le Cameroun ?

Retraités en poste

Au ministère des Finances, en mars dernier, c’est manu militari que les retraités quittaient la barque, directeurs et autres sous-directeurs. Malgré cela, le constat est que la bourrasque passée, il y en a qui sont revenus sur leurs pas. Nana Djibrilla, inspecteur général des services des Régies financières, également frappé de retraite, depuis…. est toujours en poste. La liste des individus, se recrutant dans cette situation, est loin d’être exhaustive, d’après nos enquêtes, et pas exclusivement au ministère des Finances. Soutenues par leurs hiérarchies ou grâce à la puissance de leurs réseaux, ces personnes qui ont épuisé le temps de leur carrière, continuent de se la couler douce au sein des administrations des institutions de la République.

A la douane camerounaise, investigations menées par des fins limiers, des individus à la retraite, s’accrochent aux postes. 60% des directeurs, chefs de divisions et secteurs sont des retraités qui ont fait de ces postes de l’Etat, des comptoirs où ils se servent au lieu de servir la nation. A titre d’illustration, le chef de division des Importations a atteint la limite d’âge d’exercer en novembre 2015. Pas moins que celui de la législation, en décembre de la même année. Le chef secteur Littoral, lui aussi, était censé faire valoir ses droits à la retraite, depuis février 2015. Tout comme celui de la région de l’Ouest, à la même date. Le chef secteur douane du Nord-ouest, lui, est frappé de retraite, depuis 2014. Le responsable de la brigade des enquêtes n’est pas moins concerné, lui qui est censé avoir quitté la scène, depuis 2015… Les gouverneurs des régions concernées ont beau leur retirer le droit de signature, cela n’y change rien.

Par ailleurs, à l’Hôpital central de Yaoundé, la majorité des jeunes médecins, infirmiers et autres techniciens de laboratoires sont au bout du rouleau. «  Plusieurs dames dans mon service sont à la retraite, mais ne veulent pas nous céder la place pour que nous puissions aussi travailler.  », fulmine sous anonymat, un technicien médico-sanitaire.

Le constat fait dans l’administration publique vaut également dans le secteur des logements sociaux. Il est de notoriété publique, que les camps de la Société immobilière du Cameroun (Sic) et autres logements de l’Etat, sont la plupart du temps occupés par des individus qui n’en ont pas ou plus le droit. Nombre d’entre eux se livrent à la sous-location, lorsqu’ils se sentent dans l’obligation de partir. D’autres encore, pourtant nantis, confisquent simplement les pièces pour des besoins personnels, au détriment des jeunes cadres de la fonction publique et autres salariés aux revenus plus modestes.

Ces arguments et bien d’autres, concluent les observateurs avertis, ne sont guerre de nature à favoriser l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035 ainsi que le souhaite de tous ses vœux le chef de l’Etat, Paul Biya. Au contraire, laissent-ils entendre, ces faits ronflants et renversants donnent à penser qu’ils cachent mal une conspiration de déstabilisation savamment ourdie contre le régime du « Renouveau ». Le « Boko haram » à la camerounaise, la mafia autour de la gestion des ressources de l’Etat, la corruption institutionnalisée, la distraction de la fortune publique, la confiscation du pouvoir, la paralysie des institutions, sont-ils convaincus, confortent l’idée d’un « coup d’Etat scientifique ». Paul Biya va-t-il se laisser avoir ? De sa décision dépendra l’avenir du Cameroun.

En définitive, pendant que l’on observe dans la République, l’érection continue de nombreux sous-chefs d’Etat, L’Ere du Temps poursuit ses enquêtes qui mettront en lumière les dysfonctionnements de la gouvernance nationale tout en dévoilant le portrait des obscurs personnages qui finissent par coller à l’étiquette ‘’d’apprentis sorciers’’.

Avec absgalaxyere

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