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Au Nigeria, le mouvement #MeeToo attend son heure de gloire

Les tentacules du #MeeToo, vaste mouvement mondial contre les violences faites aux femmes, ont encore du mal à s‘étendre au Nigeria où un témoignage ne fait pas vœu de certitude. Bien au contraire. La photographe Busola Dakolo en sait quelque chose.

07 Aoû 2019    

Busola Dakolo, photographe de renom au Nigeria était pleine d’espoir lorsque fin juin, des dizaines de personnes ont campé devant la Commonwealth of Zion Assembly,une église évangélique nigériane, pour exiger le retrait du pasteur principal, Biodun Fatoyinbo, qu’elle accuse de viol.

Pour l‘épouse du non moins célèbre artiste nigérian Tim Dakolo, cette pression aurait donné un coup de pouce à la plainte déposée contre le pasteur. Toutefois, ce brin d’espoir s’est évanoui dans les pressions qu’elle dit subir, notamment la vague de commentaires haineux qu’elle reçoit depuis qu’elle a osé s‘ériger en égérie du mouvement #MeeToo au Nigeria. 

A en croire le témoignage de la photographe, pourtant, elle a été violée à deux reprises par le pasteur alors qu’elle n‘était qu’une adolescente. Une première fois dans la famille du religieux, et une seconde fois sur le capot de sa voiture. Des témoignages qui ont choqué au Nigeria où les pasteurs jouissent d’une importante influence ; et suscité l’admiration des militantes des droits de la femme qui espéraient voir la naissance d’un mouvement #MeeToo dans ce pays d’Afrique de l’Ouest – alors que la campagne a déjà fait tomber des ténors de la vie publique en Europe et aux Etats-Unis.

Au banc des accusés

Mais, au Nigeria, la jeune femme doit désormais composer avec la colère des admirateurs du pasteur qui mettent en doute son témoignage. « Busola Dakolo n’a jamais été violée, et n’a eu aucun rapport sexuel avec Biodun Fatoyinbo. Elle a fabriqué toute l’histoire pour susciter de la sympathie et le diffamer », a écrit sur Twitter la blogueuse Kemi Omololu-Olunloyo. « Busola Dakolo devrait maintenant sortir de ce tissu de mensonges. Il n’y a pas eu de viol ! », a-t-elle ajouté.

« Si Dieu est avec lui, même toutes les célébrités, tous ceux qui ont fait des commentaires (…) ne peuvent pas le faire tomber », a renchéri Ernest Esekhile, un DJ connu dans les milieux chrétiens au Nigeria.

Pis, contre toute attente, la photographe a reçu une convocation d’une police spéciale qui la soupçonne, elle et son mari, d’association de malfaiteurs, de diffamation et de menaces de mort. Une plainte portée par l‘église du pasteur incriminé alors même que l’enquête pour viol s’enlise.

Culture du silence

Dans un entretien avec The Guardian, Busola Dakolo a révélé avoir été intimidée par les agents de police qui sont allés lui rendre la convocation à son domicile. « L’un d’entre eux tenait une arme à feu et j’ai remarqué un second tenant une lettre. Ils m’ont dit qu’ils venaient du bureau de [l’inspecteur général de la police] à Abuja et que je devais signer cette lettre et accuser réception », a-t-elle confié.

Pour Busola Dakolo, l‘équation est simple. L‘église est quasi-intouchable au Nigeria, société patriarcale encore fermement attachée à sa culture. « Notre culture ne permet pas de parler de ce genre de choses contre des hommes de Dieu oints », a-t-elle convenu.

Le pasteur Fatoyinbo est retourné à la chaire dimanche dernier après un mois d’absence. « En tant que chrétien, vous devez faire face à l’opposition. Si Dieu, qui est saint et fidèle, a des ennemis, soyez sûrs que vous en aurez », a-t-il lancé à son assemblée.

Dans son camp, Busola Dakolo peut compter sur des voix également influentes, dont la chanteuse Tiwa Savage qui a du reste dénoncé l’acharnement dont fait l’objet la photographe.

En Afrique, la culture du silence est ancrée dans les moeurs, notamment sur les questions de violences sexuelles, bien que les ONG de défense des droits de la femme disent en recenser de nombreux cas.

Avec africanews

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