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Human Rights Watch accuse l’armée et les séparatistes d’avoir tué au moins 285 civils depuis janvier 2020

L’ONG américaine a rendu public un rapport ce lundi 27 juillet 2020, dans lequel elle dénonce de nouvelles exactions contre des personnes civiles, dans un contexte marqué par les pourparlers entre les leaders de l’Etat virtuel d’Ambazonie et Yaoundé.
27 Juil 2020    

Les Forces de défense et de sécurité camerounaises et les groupes séparatistes armés sont mis au banc des accusés par Human Rights Watch (HRW). Dans un rapport rendu public ce lundi 27 juillet 2020, l’ONG américaine tient les deux parties responsables des tueries d’au moins 285 civils lors de 190 incidents, dans des affrontements dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis janvier 2020.

«Depuis le mois de mai, les forces armées camerounaises ont attaqué un établissement de santé dans la région du Nord-Ouest, et arrêté arbitrairement sept membres du personnel d’un autre centre de santé dans le Sud-Ouest, tandis que des séparatistes armés ont tué au moins six civils, dont un travailleur humanitaire et un enseignant», étaye l’ONG.

HRW regrette une recrudescence des combats ces dernières semaines, alors que le contexte est marqué par des négociations sous cape entre le Gouvernement camerounais et les leaders de l’Etat virtuel d’Ambazonie. «Toutes les parties qui participent aux pourparlers devraient s’engager publiquement à mettre immédiatement fin aux abus contre les civils et à garantir l’accès à des voies de recours efficaces pour les victimes de ces abus», lance Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique Centrale de l’ONG.

L’organisme de défense des Droits de l’Homme lance par ailleurs un appel à la communauté internationale, afin que des sanctions ciblées soient prises contre les membres des forces armées et des groupes séparatistes qui se sont rendus responsables de graves abus dans les régions anglophones.

le rapport intégral de l’ONG

 

(Nairobi) - Depuis le mois de mai, les forces armées camerounaises ont attaqué un établissement de santé dans la région du Nord-Ouest, et arrêté arbitrairement sept membres du personnel d’un autre centre de santé dans le Sud-Ouest, tandis que des séparatistes armés ont tué au moins six civils, dont un travailleur humanitaire et un enseignant.

La violence intervient en dépit des pourparlers de paix initiés le 16 juin entre le gouvernement et les dirigeants emprisonnés du « Gouvernement intérimaire d’Ambazonie » (Ambazonia Interim Government, IG), un groupe séparatiste. D’autres groupes séparatistes, tels que le « Conseil de gouvernance d’Ambazonie » (Ambazonia Governing Council) et une faction dissidente de l’IG, n’ont pas participé à ces pourparlers.

« Les pourparlers entre gouvernement et dirigeants séparatistes devraient tenir compte du respect des droits humains et de la recherche des responsabilités pour ces abus », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch. « Toutes les parties qui participent aux pourparlers devraient s’engager publiquement à mettre immédiatement fin aux abus contre les civils et à garantir l’accès à des voies de recours efficaces pour les victimes de ces abus ».

Human Rights Watch a déjà appelé à ce que des sanctions ciblées soient appliquées contre les membres des forces armées et des groupes séparatistes qui se sont rendus responsables de graves abus dans les régions anglophones.

Sur la base d’informations rapportées par les médias et des organisations non gouvernementales, Human Rights Watch estime que depuis janvier 2020, au moins 285 civils ont été tués lors de 190 incidents environ dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où la violence est extrême depuis la fin 2016, alors que les séparatistes réclament l’indépendance des régions anglophones minoritaires du pays. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier indépendamment chacun de ces cas depuis le mois de janvier. La violence a aussi provoqué le déplacement, ces deux derniers mois, de dizaines de milliers de personnes, qui s’ajoutent aux centaines de milliers d’autres qui ont fui leurs foyers depuis le début du conflit fin 2016.

Human Rights Watch a interrogé par téléphone 20 victimes et témoins de violations des droits humains par des séparatistes armés et membres des forces gouvernementales entre la mi-mai et le début du mois de juin, et 15 membres de familles de victimes, habitants des régions anglophones, médecins et membres de la société civile. Human Rights Watch a également examiné des photographies et des enregistrements vidéo corroborant les témoignages de ces témoins.

Les forces de sécurité et les séparatistes armés ont à plusieurs reprises, chacun de leur côté, attaqué des hôpitaux et du personnel médical. Le 6 juillet, des séparatistes ont tué un agent de santé communautaire travaillant pour Médecins sans frontières dans la région du Sud-Ouest, qu’ils accusaient de collaborer avec l’armée. Le 30 juin, les forces de sécurité ont endommagé un établissement de santé dans la région du Nord-Ouest. Le 6 juillet, elles ont arrêté arbitrairement sept membres du personnel d’un centre de santé dans la région du Sud-Ouest.

Le 10 juin à 14 heures, suite à des affrontements entre séparatistes et soldats, dont certains faisaient partie du Bataillon d’intervention rapide (BIR), une grenade a été tirée dans la cour de l’hôpital de district de Bali, dans la région du Nord-Ouest, entraînant la mort d’un patient cardiaque, blessant le directeur de l’hôpital et au moins quatre autres patients, et détruisant quatre véhicules. Human Rights Watch s’est entretenu avec deux membres du personnel médical et trois habitants de Bali et a examiné une lettre envoyée par le directeur de l’hôpital au ministre de la Santé, au commandant militaire de Bali et au commandant des séparatistes, qui décrit l’attaque contre son établissement.

Le commandant militaire de Bali a payé 50 000 XAF [86 dollars US] de dommages et intérêts à l’hôpital. Ce n’est pas la première fois que cet hôpital est visé par les combats entre combattants séparatistes et forces armées camerounaises. En 2018 déjà, des séparatistes y avaient pillé des fournitures hospitalières et en juillet 2019, une grenade, qui aurait été tirée par l’armée, a blessé un patient et détruit le toit. En janvier, des soldats sont entrés de force dans l’hôpital à la recherche de séparatistes blessés, provoquant la panique parmi les patients.

Depuis la mi-mai, des séparatistes ont tué au moins six civils, dont un enseignant de 58 ans qui travaillait à l’Université de Bameda dans la région du Nord-Ouest, le 17 mai.
Un membre de la famille de l’enseignant a déclaré à Human Rights Watch que les séparatistes l’avaient plusieurs fois menacé de l’empêcher d’enseigner, le considérant comme un traître pour ne pas s’être plié à leurs appels au boycott des écoles. Le professeur avait expliqué aux séparatistes qu’il devait travailler pour gagner sa vie, et ils lui avaient demandé de l’argent, qu’il ne pouvait pas payer.

Un témoin du meurtre a déclaré qu’il avait vu deux combattants séparatistes s’approcher de l’enseignant alors qu’il quittait son domicile et lui tirer dessus à trois reprises : « Je me trouvais à proximité », a déclaré ce témoin. « Les Amba [séparatistes armés] sont venus à moto et lui ont dit : "Tu es têtu. Ta fin est venue". Puis ils lui ont tiré une balle dans la tête et deux dans la poitrine. Il s’est effondré dans une flaque de sang ».

Depuis 2017, des groupes séparatistes armés mènent une violente campagne contre l’éducation et imposent un boycott des écoles dans les deux régions anglophones, pour protester contre ce qu’ils considèrent comme des injustices contre les personnes anglophones dans le secteur de l’éducation. Ces groupes ont régulièrement pris pour cible des établissements scolaires en incendiant et en endommageant de nombreuses écoles. Ils ont tué, kidnappé et mutilé des élèves et des responsables éducatifs pour non-respect de leurs demandes de fermeture des écoles. Ils ont utilisé certaines écoles comme bases pour déployer des combattants et utiliser des armes à l’intérieur ou à proximité de ces écoles, en torturant des otages dans les salles de classe.

Les séparatistes ont perturbé la vie normale dans les zones qu’ils contrôlent en imposant des blocus prolongés, en appelant à des grèves et en mettant en place des barrages routiers qui gênent l’acheminement de l’aide humanitaire. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué que les barrages routiers des séparatistes empêchaient le transport de fournitures médicales vers l’hôpital baptiste Banso à Kumbo, un établissement clé pour des dizaines de milliers de personnes dans l’une des zones les plus touchées par la violence dans la région du Nord-Ouest.

En juillet, Human Rights Watch a contacté des représentants de trois groupes séparatistes, le « Gouvernement intérimaire d’Ambazonie », dirigé par Sisiku Julius Ayuk Tabe, sa faction dissidente dirigée par Samuel Ikome Sako et le « Conseil de gouvernance d’Ambazonie ». Tous ont nié que leurs combattants avaient commis de tels abus.

« Les partenaires internationaux du Cameroun et le Conseil de sécurité de l’ONU devraient aider les civils des régions anglophones qui sont quotidiennement confrontés à la violence, et exiger que les forces gouvernementales et les séparatistes cessent leurs attaques contre des cibles civiles », a déclaré Lewis Mudge. « Ils devraient imposer des sanctions ciblées, notamment des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, aux dirigeants séparatistes responsables d’abus et envisager des mesures similaires pour les membres des forces gouvernementales qui se rendent responsables d’abus ».


Contexte


Les attaques violentes commises contre des civils au Cameroun par des groupes séparatistes se sont multipliées depuis la fin de l’année 2016, qui a marqué le début de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays. Depuis 2018, Human Rights Watch a documenté des enlèvements, des actes de tortures et des meurtres généralisés de civils, ainsi que des destructions de biens par des combattants séparatistes. Des séparatistes armés ont également tué des centaines de membres des forces de sécurité sur fond d’appels croissants à la sécession des régions anglophones. Les forces gouvernementales ont également commis de graves violations des droits humains, notamment des meurtres illégaux, des destructions de biens, des violences sexuelles et des actes de torture.

En mars, quand la pandémie de Covid-19 s’est déclarée, les Forces de défense du sud du Cameroun (Southern Cameroons Defence Forces, SOCADEF), un groupe séparatiste, a appelé à un cessez-le-feu – une décision qui a été saluée par le porte-parole du Secrétaire général de l’ONU. Le 16 juin, des responsables gouvernementaux ont eu des entretiens de paix avec les dirigeants du « Gouvernement intérimaire d’Ambazonie » (Ambazonia Interim Government, IG), un important groupe séparatiste dirigé par Sisiku Julius Ayuk Tabe, actuellement détenu dans une prison de haute sécurité à Yaoundé. Ni l’appel au cessez-le-feu, ni les pourparlers de paix n’ont toutefois mis fin à la violence contre les civils.


Meurtres de civils par des séparatistes


Le 16 mai, des séparatistes armés ont tué un homme d’affaires de 48 ans devant son magasin du quartier Azire de Bamenda, l’accusant de collaborer avec les forces de sécurité gouvernementales. Human Rights Watch s’est entretenu avec deux témoins et deux membres de la famille de la victime. « Deux jeunes séparatistes sont arrivés à moto », a déclaré un témoin. « Ils se sont arrêtés devant son magasin et l’ont appelé. Quand il est sorti, l’un d’eux lui a tiré dans le ventre à trois reprises. L’épouse de la victime a déclaré que les séparatistes avaient à plusieurs reprises demandé à son mari de ne pas fournir d’informations aux forces de sécurité, y compris quelques heures avant sa mort ».

Le 30 mai, des séparatistes ont enlevé et torturé un travailleur humanitaire à Bali, dans la région du Nord-Ouest, l’accusant lui aussi de collaborer avec les forces de sécurité. Il a été libéré le lendemain et a passé plusieurs jours dans un hôpital de Bamenda où on l’a soigné pour les blessures qu’on lui avait infligé :
Ils m’ont bandé les yeux et m’ont emmené à leur camp en moto. Ils m’ont posé des questions sur mon travail et ils ont menacé de me tuer. Tard dans la soirée, ils m’ont emmené ailleurs dans la brousse. Ils m’ont attaché à un arbre avec une corde et ils ont commencé à me battre sauvagement. Ils m’ont giflé plusieurs fois, m’ont donné des coups de pied, m’ont versé de l’eau sur le corps. Il faisait sombre, j’avais peur. J’avais mal. Je craignais pour ma vie.

Le 18 juin, des séparatistes ont tué un homme de 44 ans qui avait refusé leurs demandes d’argent au marché de Ntarinkon à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest. Human Rights Watch s’est entretenu avec trois membres de sa famille et trois témoins du meurtre. L’un des témoins, un homme de 36 ans, a déclaré :
J’étais en train de boire dans un bar à environ 15 mètres de l’endroit où il a été abattu. Tout s’est passé sous mes yeux. Les Amba [séparatistes] sont venus à moto. Celui qui était assis derrière lui a tiré deux balles dans la tête. Ensuite, ils ont pris la fuite. Pris de peur et de panique, les gens couraient dans le marché. Après, le marché a été fermé.
Des membres de la famille de la victime ont déclaré que les séparatistes l’avaient menacé à plusieurs reprises et lui avaient demandé de l’argent.
Quelques jours après le meurtre, la famille de la victime a porté plainte auprès de la police, mais l’affaire n’a pas avancé.

Le 12 juin, des combattants séparatistes ont attaqué des gendarmes et des policiers à un poste de contrôle à Bamenda, dans la région du Nord-Ouest, tuant deux civils. Human Rights Watch s’est entretenu avec deux témoins de l’attaque et trois membres des familles des victimes.

Un témoin de 26 ans a déclaré qu’environ 10 séparatistes armés ont attaqué une patrouille pédestre de forces de sécurité qui vérifiait les cartes d’identité à un point de contrôle au carrefour d’Alakuma, entre 10 et 11 heures. « J’étais à environ 50 mètres de la scène », nous a-t-elle raconté. « Ils ont attaqué les gendarmes et les policiers par surprise et ont commencé à tirer, en tuant deux hommes dont les documents étaient contrôlés par les forces de sécurité. Les gendarmes et les policiers ont riposté, les gens fuyaient ».

Attaque contre l’hôpital général catholique St. Elizabeth


Le 30 juin, des soldats sont entrés de force dans les locaux de l’hôpital général catholique St. Elizabeth à Shisong, Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, à la recherche de séparatistes blessés.
Ils ont tiré trois coups de feu et ont défoncé les portes des salles, en provoquant la panique parmi les patients, les infirmières et d’autres travailleurs qui ont pris la fuite.
Une infirmière qui se trouvait sur place a déclaré :
Ils sont rentrés de force à l’hôpital et ont effrayé les patients avec leurs armes. Ils sont aussi entrés dans la salle d’opération où les médecins opéraient un patient. Ils ont interrogé le patient en lui demandant pourquoi il avait été blessé à l’épaule. Le personnel médical a réussi à les repousser, mais cet incident est choquant et inacceptable. On ne peut pas cibler les établissements médicaux de cette manière.
C’est la deuxième fois que l’armée pénètre de force dans cet hôpital à la recherche de séparatistes blessés. Le 17 février 2019 déjà, des soldats y étaient entrés de force, avaient tiré plusieurs coups de feu en l’air et avaient menacé de tuer un homme devant le personnel de l’hôpital.

Arrestations arbitraires de membres du personnel d’un centre de santé à Mamfe


Le 6 juillet, des membres des forces de sécurité, des gendarmes, des policiers et des soldats, ont mené une opération à Mamfe, dans la région du Sud-Ouest. Ils ont fouillé plusieurs logements et d’autres locaux et détenu plus de 60 personnes. Cinq habitants ont déclaré à Human Rights Watch que l’opération avait été menée après que des notes prétendument rédigées par les « Dragons rouges » (Red Dragons) un groupe séparatiste armé, et qui demandaient aux gens de contribuer 15 000 XAF [26 dollars US] pour acheter des armes et des munitions, eurent été découvertes en ville.

Les forces de sécurité ont détenu plusieurs personnes au commissariat de police de Mamfe, avant de libérer la plupart d’entre elles le soir même, et en garder 10 en détention. Parmi les individus qui n’ont pas été libérés se trouvaient sept membres du personnel des services de santé de la Convention baptiste du Cameroun (CBC). Ils ont été inculpés de « non-dénonciation d’activités séparatistes » devant la Haute Cour de Mamfe le 8 juillet. Ils ont plaidé non coupable et ont été libérés sous caution. Une nouvelle audience est prévue pour le 29 juillet.

Human Rights Watch s’est entretenu avec un haut représentant des services de santé de la Convention baptiste du Cameroun (CBC), une organisation de santé à but non lucratif qui compte plus de 80 établissements de santé à travers le Cameroun, dont celui de Mamfe, et avec le représentant légal des sept membres du personnel arrêtés.
« Certains membres de notre personnel ont été arrêtés alors qu’ils portaient leur uniforme médical », a déclaré le haut représentant de la Convention baptiste. « Il est inacceptable que le personnel de santé soit traité de cette manière. Ils n’ont rien à voir avec les Amba [séparatistes] et sont sur le terrain pour aider les plus vulnérables, surtout par ces temps difficiles où la pandémie de Covid-19 est une sérieuse menace pour notre pays ».
L’avocat des sept membres du personnel a déclaré qu’au commissariat de police, ils avaient été contraints de signer des déclarations qu’ils n’étaient pas autorisés à lire. « Certains ont signé par peur de la police, d’autres ont été intimidés pour qu’ils signent », a-t-il déclaré. « La police ne leur a même pas lu la déclaration ».

     Source : Cameron-Info.Net

 

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